Pour le retour du vivant : à l’heure de la COP biodiversité, ce que nous attendons du plan belge

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Depuis hier, les pays du monde entier sont réunis à Erevan, en Arménie, pour la COP17 sur la biodiversité, où ils dresseront le premier bilan des engagements pris en 2022 pour enrayer l’effondrement du vivant, parmi lesquels celui de restaurer 30 % des écosystèmes dégradés d’ici 2030. En Belgique, c’est le plan de restauration de la nature qui doit traduire cet engagement en actes, et pour qu’il tienne ses promesses, nous défendons plusieurs priorités auprès des autorités, dont deux nous semblent conditionner toutes les autres.

À l’échelle européenne, cet objectif mondial a pris la forme d’un règlement sur la restauration de la nature, adopté en 2024, qui impose à la Belgique de restaurer 30 % des habitats dégradés d’ici 2030 et confie aux Régions le soin de traduire cette obligation en mesures concrètes sur leur territoire. Le plan belge, qui devait être transmis à la Commission européenne le 1er septembre, ne l’a toujours pas été, en raison notamment du retard pris du côté wallon. Plus de 40 000 personnes ont pourtant demandé au printemps, à travers la pétition « Pour le retour du vivant », un plan ambitieux, fondé sur la science et doté d’un budget propre, et c’est à l’aune de ces attentes que nous examinerons le texte que proposera la Belgique.

Cesser de détruire ce que l’on veut restaurer

Aucune restauration ne peut durer si les pressions qui dégradent les milieux naturels se poursuivent dans le même temps, qu’il s’agisse des pollutions diffuses liées aux pesticides et à l’azote ou de la fragmentation continue du territoire. Le règlement européen contient d’ailleurs une obligation de non-détérioration que nous demandons d’appliquer pleinement, en interdisant le labour des prairies de haute valeur biologique et le déboisement des forêts qui constituent des habitats protégés, y compris en dehors du réseau Natura 2000, en prévoyant une indemnisation pour les propriétaires et exploitants concernés. Là où les approches volontaires ont montré leurs limites, des instruments plus contraignants doivent prendre le relais, à l’image d’une redevance sur les pesticides inspirée du modèle danois, qui permettrait à la fois d’infléchir les pratiques et de financer l’accompagnement des agriculteurs dans leur transition. Il s’agit enfin de passer en revue les aides publiques qui nuisent à la biodiversité, car continuer à financer ce qui dégrade revient à miner d’une main les investissements de restauration consentis de l’autre, et réorienter ces aides constitue en outre la voie la plus économe pour les finances publiques.

Donner au plan les moyens de ses ambitions

Un plan sans moyens dédiés ne peut pas atteindre ses objectifs, et c’est pourquoi nous attendons qu’il soit accompagné d’un plan financier précisant comment les ressources nécessaires seront mobilisées, ainsi que d’un renforcement des équipes chargées de le mettre en œuvre et d’en suivre les résultats, dans les administrations comme chez leurs partenaires de terrain. L’enjeu est d’autant plus pressant que le Département de la Nature et des Forêts a lui-même alerté ce printemps sur le manque de moyens auquel il fait face. Les outils efficaces existent pourtant, puisque le dernier rapportage sur l’état des habitats montre que les projets LIFE, qui ont notamment permis aux nardaies d’Ardenne de gagner 120 hectares en dix ans, constituent un levier de restauration particulièrement performant. Nous proposons donc de créer, sur ce modèle, des programmes de financement pluriannuels, simples d’accès et récurrents, que les gestionnaires publics comme privés pourraient mobiliser, ainsi qu’une cellule spécialement chargée d’aller chercher les fonds européens disponibles et de développer de nouvelles sources de financement.

Une enquête publique pour peser sur le plan

Le projet de plan devra encore être soumis à une enquête publique, et ce moment sera déterminant, car c’est le seul où chaque citoyenne et chaque citoyen pourra formellement donner son avis sur les mesures proposées, avant que le gouvernement n’arrête la version définitive du texte. Les 40 000 signatures recueillies au printemps ont montré combien la restauration de la nature mobilise largement en Wallonie, et l’enquête publique offrira l’occasion de transformer cet élan en contributions concrètes, en réclamant par exemple que le plan protège réellement les milieux qui subsistent et qu’il soit assorti d’un budget à la hauteur de ses objectifs. Plus les avis seront nombreux et argumentés, plus il sera difficile pour le gouvernement de se contenter d’un plan au rabais.

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