Plus de 40.000 personnes rappellent au gouvernement wallon que la restauration de la nature est une priorité politique

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Les nouveaux rapports publiés par le Service public de Wallonie confirment l’effondrement généralisé de l’état des habitats naturels wallons. Mais ils montrent également que là où des mesures de restauration sont mises en œuvre, les tendances s’améliorent. La restauration de la nature est indispensable et nécessite un plan ambitieux et des moyens financiers à la hauteur. C’est ce que demandent 40 000 citoyens et citoyennes à travers une pétition initiée par la Coalition belge pour la biodiversité. Elle a été remise ce vendredi 29 mai à la Ministre wallonne de la Nature, Anne-Catherine Dalcq, dans les grottes de Floreffe, le seul habitat naturel considéré en bon état de conservation en Wallonie. 
 

La restauration produit des résultats concrets 

Tous les six ans, le Service public de Wallonie publie les données officielles sur l'état de conservation des habitats naturels. Les dernières données sont sorties il y a quelques semaines, et confirment que la nature en Wallonie ne se porte pas bien. Mais elles montrent aussi que lorsque des mesures de restauration sont mises en place, les indicateurs s’améliorent de façon significative (1).

Les exemples sont parlants. Les nardaies, ces prairies maigres caractéristiques de l'Ardenne, ont gagné 120 hectares en dix ans, atteignant pleinement l'objectif fixé en 2016, notamment grâce au projet LIFE Nardus (2016-2023). Côté espèces, la pie-grièche écorcheur, dont les populations comptent désormais entre 2 000 et 2 500 couples en Natura 2000, a vu ses effectifs se stabiliser et croître notamment grâce à la restauration du bocage et au maintien des herbages.

Alexia Vandenbergh, Responsable Politique Nature chez Natagora, a réagi : «Ces résultats démontrent que la restauration constitue une réponse efficace à la crise de la biodiversité. Mais le chantier reste immense, et la situation générale demeure préoccupante : ces succès sont le fruit d'actions ciblées, financées et planifiées. C'est précisément ce qui fait défaut à l'échelle de la Wallonie.» 

40 000 voix pour le retour du vivant

Lancée en mars 2026 par la Coalition belge pour la biodiversité, la pétition « Pour le retour du vivant » a recueilli plus de 40 000 signatures. Les signataires demandent aux autorités régionales d’élaborer un plan de restauration ambitieux et scientifiquement fondé, de garantir un budget spécifiquement dédié à la restauration de la nature et de mettre en œuvre des mesures concrètes pour restaurer 30 % des milieux naturels dégradés d’ici 2030.

La pétition a été remise ce vendredi à la Ministre wallonne de la Nature, Anne-Catherine Dalcq, dans les grottes de Floreffe. Le choix du lieu n’est pas anodin : selon les derniers rapports officiels, les grottes et cavités souterraines sont aujourd’hui les seuls habitats naturels considérés en bon état de conservation en Wallonie (2).

Au même moment, une délégation remettait également la pétition au Ministre flamand de l’Environnement et de l’Agriculture, Jo Brouns, devant le gouvernement flamand à Bruxelles. La pétition sera remise à la Ministre de la Région Bruxelles-Capitale, Ans Persoons, dans le courant du mois de juin.

1er septembre 2026 : le temps presse

Adopté en 2024 dans le cadre du Pacte vert européen, le règlement sur la restauration de la nature impose à la Belgique de soumettre son Plan national de restauration à la Commission européenne le 1er septembre 2026 — dans trois mois. Ce plan doit détailler les objectifs, les priorités et les moyens mobilisés pour restaurer 30 % des habitats naturels dégradés d'ici 2030 et au moins 90 % d'ici 2050.

Mais la Wallonie est loin du compte. Corentin Roland, Chargé de mission Ruralité chez Canopea, précise : « La Wallonie accuse un retard préoccupant. Si des ateliers de consultation ont récemment été annoncés, aucun budget spécifique n'a encore été alloué. » Plus alarmant : le Département de la Nature et des Forêts (DNF) a lui-même tiré la sonnette d'alarme sur le manque de moyens criant auquel il fait face, listant le plan de restauration parmi les projets devant être mis en pause faute de budget supplémentaire.(3)

Pour la Coalition, le message est clair : la Wallonie ne peut pas laisser passer cette occasion unique. Il faut un plan ambitieux, scientifiquement établi, avec un budget consacré spécifiquement à la nature et sa restauration. 

Restaurer la nature : un investissement qui nous concerne toutes et tous

La restauration de la nature n'est pas qu'une question de biodiversité. Restaurer des zones humides réduit l'impact des inondations et améliore la qualité de l'eau. Végétaliser les villes amortit les canicules. Restaurer les tourbières capte le carbone. Préserver les espaces naturels favorise le bien-être et la santé des citoyen.ne.s. Selon une enquête réalisée en 2024, 90,9 % des Wallon.ne.s considèrent d'ailleurs la nature essentielle à leur bien-être mental.

« C'est aussi un investissement rentable », conclut Laurence Drèze, coordinatrice de la Coalition biodiversité et chargée de politiques de biodiversité au WWF. « Chaque euro investi dans la nature en procure au moins 8 à la société, et les solutions fondées sur la nature sont jusqu'à 50 % moins chères que les infrastructures artificielles. Sur le Plateau des Tailles, en province de Luxembourg, un projet de restauration a généré jusqu'à 25 euros de bénéfices sociétaux pour chaque euro investi. »(4)

À propos de la Coalition belge pour la biodiversité 

La Coalition belge pour la biodiversité est un partenariat entre le WWF, BOS+, Greenpeace, Natagora, Natuurpunt, Canopea, Bond Beter Leefmilieu, Vogelbescherming Vlaanderen et la LRBPO. La mission de la coalition est d'inverser la perte de biodiversité en Belgique et dans ses zones d'influence par un plaidoyer commun auprès des décideurs politiques fédéraux et régionaux belges.