Déclaration de Nairobi : de l'espoir pour les oiseaux migrateurs
La dernière fois qu'un humain a vu un courlis à bec grêle, c'était en février 1995, au Maroc. Un grand échassier discret, au bec fin et courbé, qui reliait chaque année les tourbières de Sibérie aux rivages de la Méditerranée. Depuis, plus rien. En 2025, l'espèce a officiellement été déclarée éteinte. C'est la première extinction mondiale d'un oiseau sur le continent eurasiatique et en Afrique depuis des siècles. Personne n'a assisté à sa disparition. Elle s'est faite sans bruit.
Le 11 septembre, à Nairobi, BirdLife International a publié son rapport State of the World's Birds. Pour la première fois, l'édition phare est entièrement consacrée aux oiseaux migrateurs et aux voies de migration dont ils dépendent. Ces oiseaux sont ceux qui nous relient le plus visiblement au reste du monde. L'hirondelle qui revient sous notre avant-toit a passé l'hiver au sud du Sahara. Le vanneau posé dans un champ détrempé a peut-être niché en Scandinavie. Chaque année, ils franchissent déserts, mers et montagnes en s'orientant grâce aux étoiles et au champ magnétique terrestre.
Le constat du rapport est difficile. 45 % des espèces d'oiseaux migrateurs sont en déclin. Une sur neuf est menacée d'extinction. Un migrateur, c'est une chaîne : un site de nidification, des haltes pour se reposer et se nourrir, un site d'hivernage. Il suffit qu'un seul maillon cède pour que tout s'effondre.
Et les maillons cèdent. Plus de la moitié des 1 099 Zones clés pour la biodiversité évaluées le long des routes migratoires sont en mauvais ou très mauvais état. Seuls 9 % environ des oiseaux migrateurs bénéficient d'une protection adéquate sur l'ensemble de leur cycle annuel, contre 45 % des espèces sédentaires. En clair, on protège parfois l'endroit où ils nichent, rarement celui où ils font escale, et presque jamais tout le trajet.
Les causes sont connues. Le rapport pointe l'expansion et l'intensification agricoles, le changement climatique, les espèces exotiques envahissantes, ainsi que la chasse et le piégeage non durables.
Mais le rapport contient aussi une autre leçon, tout aussi importante : la conservation fonctionne. En Europe du Sud-Est, une action coordonnée entre plusieurs pays a stoppé le déclin du vautour percnoptère dans les Balkans. Le message de BirdLife est limpide : quand on agit sur l'agriculture, la pêche et l'usage des terres le long de toute une voie de migration, et pas seulement site par site, les populations réagissent.
L'espoir : la Déclaration de Nairobi
Ce n'est pas un hasard si le rapport a été présenté à Nairobi. Le même jour s'ouvrait le Sommet mondial des voies de migration, organisé par BirdLife International et Nature Kenya, qui a débouché sur l'adoption de la Déclaration de Nairobi sur les voies de migration.
Avec gouvernements, scientifiques, ONG et institutions financières qui étaient présentes, nous avons signé la Déclaration. Nous y défendons une idée simple, mais qui change tout : on ne sauvera pas les migrateurs site par site. Il faut protéger ou restaurer un réseau cohérent de sites tout le long de leurs routes, car si un seul maillon de la chaîne cède, c'est toute la chaîne qui est menacée.
Et pour une fois, l'argent suit les mots. Plus de 6 milliards de dollars ont déjà été mobilisés par les banques de développement depuis 2021. La Banque asiatique de développement s'engage à mobiliser 3 milliards sur dix ans pour une cinquantaine de zones humides prioritaires entre la Sibérie et l'Australie. La Banque de développement d'Amérique latine et des Caraïbes (CAF) prévoit entre 3 et 5 milliards d'ici 2050 pour plus de 30 paysages terrestres et marins. Pour la voie de migration qui relie l'Europe, l'Afrique et l'Asie, celle de nos hirondelles et de nos cigognes, la Banque mondiale et BirdLife travaillent aussi à mobiliser plusieurs milliards.
Le courlis à bec grêle ne reviendra pas. Mais les hirondelles, les vanneaux, les tourterelles des bois peuvent encore revenir chaque printemps. À condition que nous décidions, ensemble et par-delà les frontières, de leur laisser un endroit où se poser.